Les séries d’espionnage, pour CàlT!

Le genre de l’espionnage est très ancien dans l’univers des séries télé, puisant aussi bien dans la littérature, comme dans le cinéma, il s’est étoffé pour proposer des intrigues complexes, des arcs tortueux et des rebondissements totalement fous. La guerre froide stimule le développement du genre, Danger man, une série britannique de Ralph Smart, remonte à 1960 et incarne bien la prolifération qui cessera cependant après une décennie. Le genre trouve un second souffle après les attentats du 11 septembre, s’adaptant au nouvel ordre mondial, évidemment toujours dominé par les états-unis. On distingue deux catégories, s’entremêlant fréquemment et impliquant soit des éléments déstabilisateurs, visant à frapper un pouvoir politique, ou bien des agences en charge de la défense des nations.

Pour jouer dans un sérivers d’espionnage, quelques grandes lignes se dégagent, permettant de former assez simplement des arcs narratifs. Tout d’abord, ce genre est ancré dans un contexte géopolitique définissant sa trame. Peu importe l’angle d’approche – le plus souvent, les US combattent les méchants du moment, selon leur dogme – il faut donc mener des recherches liées à la réalité historique, cela pour coller au plus près d’évènements-pivots. Bien entendu, la possibilité d’une uchronie est parfaitement envisageable, comme c’est le cas de l’excellente Counterpart, de Justin Marks, sur Starz, mais la prégnance d’un environnement géopolitique réaliste et dense pose les fondements de la série d’espionnage.

L’arc narratif se doit également d’être particulièrement ramifié. Les personnages ne semblent jamais être ce qu’ils sont de prime abord, nous parlons d’agents doubles, triples, de changement d’allégeances en fonction d’évènements perturbateurs. Les personnages d’une série d’espionnage sont tout en nuances de gris, le manichéisme n’a pas sa place dans de tels sérivers, sauf si vous souhaitez créer quelque chose de parodique. Ce genre de réflexion peut paraître évident, mais même en étant conscient de la propagande américaine, de sa domination du marché télévisuel, et de l’imposition en douceur de ses valeurs, nous affectent toutes et tous depuis l’enfance, il est donc bon de garder en permanence l’idée que nous allons développer un arc narratif en développant nos personnages de manière riche et complexe.

La série d’espionnage fait un très grand usage du Cliffhanger, amenant la fin d’un arc narratif avec des interrogations, des doutes, et même des scènes non résolues, incitant les participant.e.s à envisager la suite, si possible avec appréhension (petit plaisir de metteur/ euse en scènes). J’écrivais récemment un article sur la Mort et le come-back, un sérivers d’espionnage doit user et abuser de la technique du personnage faussement mort, capturé par ses ennemis, reprogrammé ou corrompu, revenant comme antagoniste.

Un choix important à faire en créant un sérivers d’espionnage est l’échelle de l’action. Jame Bond est un agent secret pas très doué, faisant tout exploser et tuant les méchants à tour de bras. Toute l’action est centrée sur sa personne, on ne voit rien d’autre que les résultats immédiats de ses actes. Dans une série bien construite, comme par exemple Berlin station, de Olen Steinhauer, sur Epix, nous découvrons toute une galerie de personnages complexes, aux allégeances douteuses, et réagissant à des évènements affectant des pays entiers, et dont les répercussions affectent l’arc narratif, parfois de manière radicale. Bien entendu, plus le cadre sera vaste, plus les détails nécessaires et les implications géopolitiques deviendront complexes.

Un très bon exemple est le Bureau des légendes, de Eric Rochant, sur Canal+. Une scène d’ouverture nous présente une situation, apparemment clair, et collant au déroulé du récit. Une fausse piste est introduite et amène un nouvel éclairage sur l’intro. C’est extrêmement classique dans le format de la série télé, et toujours très efficace. Pour CàlT, cette ouverture peut très bien être narrée en aparté, servir de fil conducteur aux participant.e.s, qui développeront leur trame en fonction de leur perception du dénouement. Au metteur/ euse en scènes d’ajuster le récit par petites touches, afin d’apporter une révélation différente. Nous avons là un cas simple de résolution d’enquête.

Dans Treadstone, une série dérivée des films sur Jason Bourne, nous sommes sur deux époques différentes et imbriquées – une technique narrative très intéressante, dont je reparlerai en abordant Westworld – dans lesquelles les actions des antagonistes du passé influent sur celles de ceux du présent. Outre la notion de maîtrise du renseignement, nous avons ici des agents dormants, aux personnalités entièrement façonnées par des programmes de type MK Ultra, et devenant de véritables machines à tuer, une fois activés. Honnêtement, ce n’est pas de la super série, mais c’est bien ficelé, distrayant, et surtout, la trame est facile à percevoir, avec des rebondissements prévisibles. Les soviétiques sont présentés comme les méchants, les américains sont donc les gentils, on perçoit bien la faiblesse de cette approche. Malgré tout, Tim Kring parvient à donner une identité à la série.

3 commentaires sur “Les séries d’espionnage, pour CàlT!

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