Paris police 1900… Transcrire la réalité crue.

Coucou les sérivores! Bon alors je ne vais rien vous révéler concernant cette nouvelle série de Fabien Nury, proposée par Canal+, mais si vous êtes de bonne humeur, que vous avez le moral, alors n’hésitez pas à la visionner, ça passera crème. Si par contre vous avez un petit coup de mou, attendez un peu, car Paris Police 1900 nous montre ce début de XXème siècle de manière assez frontale, sans fioriture ni belles valeurs humanistes. 

Pour faire du jeu de rôle à la Belle époque, il existe déjà des suppléments pour l’Appel de Cthulhu, et de par chez nous, avec quelques adaptations, nous avons l’excellent Maléfice. Je donnerai plus loin quelques conseils pour y jouer avec Comme à la télé, mais il y a un point que je voulais aborder avec vous; La noirceur inhérente à notre réalité, transcrite en sérivers, sans l’équilibre gentillet hérité de ce bon vieux manichéisme. 

Dans Paris Police 1900, Fabien Nury nous dépeint une époque excessivement sombre, empreinte de violence à tous les niveaux de la société parisienne. Les bonnes séries françaises savent restituer la crasse des rues comme des gens, nous sommes ici sur le dessus du panier, avec une reconstitution de Paris bien sale, et des parisiens toutes et tous plus inquiétants les un.e.s que les autres. J’imagine sans mal que la véritable violence de la série, celle à l’encontre des juifs, finira par faire une énième polémique, si utiles à nos politiciens actuels, qui réagiront sans surprise comme ceux de ce Paris Police 1900, avec tout l’opportunisme que nous leur connaissons. La série est d’ailleurs présentée comme un miroir de notre société. Bref. Bien plus que dans des shows comme Spartacus ou Game of thrones, c’est ici la noirceur d’âme des individus qui est montrée. La corruption est généralisée et bien des comportements passant pour allant de soi nous sont intolérables. 

Je ne dois probablement pas bien vous vendre la série, mais il est en fait très intéressant de décortiquer les mécanismes animant un tel show. Comment maintenir les spectateurs, et par extension les protagonistes, dans un sérivers où l’espoir semble ne pas exister, et où les bons sentiments sont autant de faiblesses pouvant amplifier encore un peu plus l’injustice? Eh bien, d’un point de vue technique, le découpage est très dynamique, avec de nombreux aller-retour entre les différentes scènes, progressant toutes de concert vers des croisées amenant plusieurs interactions attendues. Surtout, si les personnages semblent souvent dénués d’humanité, ils possèdent leurs faiblesses, et malgré tout, certaines qualités. Je pense comme ça au Commissaire Cochefert, qui se montre toujours très mesuré, avouant même qu’il n’a rien d’un héros… Sauf que, comme tout bon comique bien employé, il fait les bonnes choses au bon moment. Toute la saveur de l’écriture de Paris Police 1900 vient du fait que l’on nous présente essentiellement des personnages détestables, parfaitement intégrés dans le décors sombre et violent de leur époque, pour ensuite les voir évoluer par petites touches d’humanité. On se prend à s’attacher à ceux que l’on aimait détester depuis plusieurs épisodes. 

Alors oui, la politique est sale, opportuniste et sans cœur, cela nous rappellera des choses, l’antisémitisme est le principal moteur de haine, tout du long de cette série, et il n’y a même pas une forme américano-débile de justice divine pour punir tout les méchants à la fin. Malgré cela, je vous recommande vivement cette série, ne serait-ce qu’en tant qu’exercice pour vous frotter à des univers rôlistes véritablement sombres. En somme, il faut normaliser les plus basses émotions, atténuer les belles valeurs morales, moquer les actions héroïques et voilà un beau sérivers qui fera du Monde des ténèbres un univers riant! Mais attention, comme dans la série, tout cela ne doit rester qu’un vernis sous lequel subsistent des valeurs positives – même si elles seront souvent contingentées par des motivations personnelles – que les protagonistes devront régulièrement percevoir, afin d’avoir un sentiment d’espoir. 

Cette réflexion me ramène vers un ancien univers pour DD3.5, Midnight. Dans ce monde de fantasy bien sombre, le Mal règne sur pratiquement tout le continent, les anciens dieux ont disparus, et seules quelques poches de résistance subsistent. Dans un tel monde, le moindre villageois est un espion, les orques maraudent librement et l’espoir n’est qu’une toute petite flammèche. Très intéressant de jouer dans un tel cadre. J’ai d’ailleurs écris un article, c’est par ICI.

Mais bref, je m’égare. Paris Police 1900 nous montre bien qu’en bougeant les curseurs rôlistes vers une réalité violente et sans grandes valeurs morales, quelque chose proche de notre quotidien, il est possible de former des trames complexes, aussi bien à travers de classiques enquêtes qu’en essayant de décrypter les méandres d’esprits froids et prudents. Le dosage est plus acrobatique, et c’est pour cela qu’il est si difficile de créer des univers rôlistes foncièrement sombres. La quantité d’espoir doit être infinitésimale, mais accessible aux protagonistes, comme d’ailleurs aux antagonistes, pouvant percevoir une forme de salut. Ce n’est qu’un début de réflexion sur cette transcription de la réalité crue, mais cette série, pas non plus exempte de défauts, m’aura incitée à aller voir vers ce fameux côté obscur de la conception d’univers de jeu. 

Pour adapter Paris Police 1900 avec Comme à la télé, pas de problématique particulière au niveau des règles. Ce seront des personnages ordinaires avec un total de , les phrases-chocs se devront d’être moins drôles qu’à l’accoutumée, et il s’agira plutôt de créer une atmosphère pleine de désespoir, avec de la violence physique et verbale, créer des antagonistes aux valeurs négatives, et très peu de bonté dans les relations humaines. Les allié.e.s possibles auront une carapace de méfiance si épaisse que les protagonistes devront se démener pour nouer de véritables liens. La série avance à un rythme assez rapide, de tels liens n’apparaissent donc qu’à l’approche du dénouement, mais il est intéressant de voir des personnalités comme celle du Préfet Lépine ou Joseph Fiersi évoluer vers un peu d’Humanité.

Comme indiqué plus haut, jouer dans un tel sérivers sera sûrement troublant, voir désagréable, pour certain.e.s, la violence physique est malheureusement habituelle dans les jeux de rôle, mais cette noirceur sociétale donne aisément un goût de bile, en particulier s’il faut jouer dans une société ouvertement raciste – selon nos critères – en pleine quête identitaire et politiquement instable. Honnêtement, hormis dans un cadre bien précis et pédagogique, très encadré, je me vois mal proposer une telle société comme cadre de jeu. Mais il est également important de ne pas mettre l’Histoire de côté, dans ses aspects les plus laids, sous prétexte que ce n’est pas Charlie, ou soi-disant choquant pour nos morales tellement plus élevées. Fabien Nury a fait un formidable travail de documentation sur cette époque, et la série est présentée comme un miroir de notre monde d’aujourd’hui, ce qui n’est pas particulièrement faux. Je suggère donc de suivre cet exemple en essayant de jouer dans le sérivers sombre et violent de Paris Police 1900!

4 commentaires sur “Paris police 1900… Transcrire la réalité crue.

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