MCU, »U » comme universaliste?

Coucou mes p’tites patates marvelophiles! C’était une interrogation qui avait pointée le bout de son nez à l’époque de la sortie du Black panther de Ryan Coogler. Le même « débat » revenant sans cesse, dès qu’un milligramme de tentative de diversité/ originalité apparaît à l’écran; « Black panther, film-étendard de la cause noire? » Et du coup, le oui/non aura en tout cas permis au film de faire des entrées supplémentaires, tout en relançant la discussion sur cette bonne vieille représentativité dans le cinéma occidental. Pour simplifier, je partirai du principe que Disney, patron de Marvel studios, est une grosse entreprise américaine, et que donc, le bien-être des gens et leur quête d’identité semble probablement le dernier de ses soucis. Tout ce qui compte, c’est l’argent. Et une fois énoncée cette banalité, au-delà du cynisme derrière chaque décision prise par les décideurs, que reste-t-il du beau combat de la représentativité?

Ce qui est certain, c’est bien que les pontes de Disney ont compris qu’il y avait un marché à conquérir, même si très fragmenté, à cibler les nombreuses communautés existantes. Pour moi qui m’intéresse à l’Histoire du monde et à celle des religions, il est très difficile de me « déconstruire », car toute notre éducation depuis l’enfance nous présente exclusivement le point de vue de nos ancêtres colonialistes et génocidaires – un regard pour le moins biaisé et un peu puant des autres peuples. Et donc Marvel, avec ses gros sabots impérialistes, nous joue la carte de la représentativité, de l’universalisme, avec Black panther, puis désormais bien d’autres, comme Shang-Chi et son potentiel marché chinois, plus confidentiel mais tout autant surprenant, sa série Falcon and the winter soldier, nous parlant de populations d’Europe de l’Est déplacées contre leur grès, ou plus récemment, la nouvelle itération de Mrs Marvel, Kamala Khan. Alors oui, tout ceci n’est pas bien finaud, et nous découvrons ces héros et héroïnes via le prisme américain de la violence, avec toujours cette bonne vieille bagarre comme ultime solution. Malgré tout, il y a quelque chose.

Bien entendu que le traitement du MCU reste profondément manichéiste et binaire, l’entreprise doit ratisser large, et ne peut donc trop complexifier son propos sur des sujets déjà très sensibles et politiques. Comme beaucoup, je m’agace de voir les grosses ficelles employées à longueur de shows, ce bon vieux scénario unique, usé jusqu’à la trame. Mais je note également les efforts, pour recruter de bons scénaristes, de bons réalisateurs, et bonnes réalisatrices, comme Chloé Zhao sur the Eternals, parvenant à instiller un peu de sa patte sur une grosse production pleine de bagarre. Je dirai que Marvel studios joue le jeu en essayant des trucs. Parfois. Mais finalement, c’est déjà beaucoup, il me semble. En tant qu’homme blanc né en occident, je ne suis pas visé par ces tentatives de ciblages communautaires, mais pour en discuter avec des concerné.e.s, je comprend qu’il y a ici un fort impact. Les gestes dans leur direction parlent beaucoup aux concerné.e.s, car tout simplement, ils restent encore trop peu nombreux. Du coup, moi homme blanc, qui suis-je pour critiquer ces œuvres, au-delà de leurs qualités et défauts techniques? Mieux vaut se taire, et laisser les gens trouver enfin des modèles touchant à leur identité. Je pense en particulier au film Captain Marvel, de Anna Boden et Ryan Fleck, avec Brie Larson. Une femme en rôle principal? qui plus est la plus puissante héroïne humaine du MCU… Féministe! Féministe! Oui mais – au-delà de la qualité un peu moyenne du film – l’impact sur toute une génération de petites filles se fait déjà sentir. C’est cela qui compte. Et si vous n’avez pas encore visionné le show Mrs Marvel, montrant une fan de Carol Danvers, musulmane, pakistanaise et teenager, obtenir des pouvoirs, je vous le recommande. Car si son ciblage s’adresse surtout aux jeunes, son impact sur ce public est évident. Peu importe les audiences globales, la communauté visée dispose désormais d’un modèle inspirant et positif.

J’aurais donc plutôt tendance à dire que oui, le « U » de MCU est pour l’universalisme. Disons, de manière cynique, que la représentativité communautariste fait vendre, et que les pontes de Disney savent ce qu’ils font. Mais peu importe les motivations, dans une civilisation bâtie sur l’image et le paraître, voir émerger de tels modèles à bien un impact, donne de l’inspiration et engendre des vocations. Je pense au monde des comic-books – d’où proviennent les créations Marvel studios – où les autrices et illustratrices sont désormais nombreuses, malgré les chouineurs habituels et bruyants. Je me dis que ces changements de paradigme – employons des mots forts – se font dans les cris et les larmes des tenants d’un monde ancien, toujours puissant, mais dont les frontières commencent enfin à s’éroder. Lentement.

2 commentaires sur “MCU, »U » comme universaliste?

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